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 Le sud de la Thaïlande sous tension

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MessageSujet: Le sud de la Thaïlande sous tension   Sam 5 Fév - 18:26


Le sud de la Thaïlande sous tension

Sylvie Dugas

collaboration spéciale, La Presse

Pattani, Thaïlande

Aux confins de la Thaïlande, près de la frontière malaisienne, la plupart des femmes portent le voile et les moines se font rares. Un contraste saisissant dans un pays à majorité bouddhiste, où les six millions de musulmans représentent moins de 5 % de la population.

Victimes d'un traitement discriminatoire depuis des décennies, ils réclament aujourd'hui davantage d'attention et de compréhension de la part du gouvernement central. « Les musulmans veulent vivre selon leur culture et leur mode de vie islamiste dans tous les aspects de la vie. Ils veulent avoir la possibilité de parler malais, d'étudier dans des écoles islamistes et de pratiquer les rites musulmans. Mais le gouvernement les considère comme des rebelles », déplore Waederamae Maminchi, président du Conseil islamique de Pattani, l'une des trois provinces du sud où sont concentrés les musulmans du pays.

En Thaïlande, la liberté de religion est garantie par la Constitution. Mais plusieurs écoles islamistes du Conseil ont été fouillées par les militaires. M. Maminchi regrette en outre que le gouvernement du premier ministre, Thaksin Shinawatra, ne consulte pas les représentants musulmans avant d'établir des politiques qui les concernent. Toutefois, les représentants bouddhistes, musulmans, catholiques et chinois locaux se rassemblent régulièrement pour trouver des solutions au climat de violence actuel.

Les différences entre musulmans et bouddhistes sont non seulement religieuses, mais aussi culturelles, linguistiques et économiques.

Le sud de la Thaïlande est traditionnellement plus pauvre que le reste du pays. Les trois provinces du Sud possèdent de nombreuses richesses: caoutchouc, fruits, poissons, manufactures alimentaires, entre autres. Cependant, elles sont loin du centre et l'État y a toujours acheminé moins de ressources.

Le tourisme représente également une source importante de revenus, mais ce secteur demeure en majorité entre les mains de non-musulmans. Les musulmans sont plutôt salariés dans des complexes hôteliers et des restaurants. Une coopérative musulmane fondée ces dernières années détient maintenant quelques hôtels de la région, mais l'afflux touristique a diminué de 90 % en 2004 en raison de l'insécurité. Les musulmans thaïlandais sont aussi marginalisés parce qu'ils utilisent la langue malaise, qu'ils surnomment le jawui. Environ 55 % d'entre eux ne peuvent lire, écrire et parler correctement le thaï, la langue nationale. La piètre qualité des professeurs et des fonctionnaires envoyés de Bangkok de même que la désorganisation du système d'éducation en sont les principales causes.

Les jeunes ne peuvent pas concurrencer ceux du reste du pays. Ils ont de la difficulté à communiquer, accusent un retard technologique important et ne peuvent trouver de l'emploi, ce qui explique « que les délinquants aient une emprise sur eux », explique Surachai Chantararandgsan, vice-président de la chambre de commerce de Pattani.

Les élèves suivent à la fois le programme officiel thaïlandais et l'enseignement religieux islamiste. Quelque 1000 écoles islamistes dispensent ce type d'enseignement jusqu'au collégial, mais les autorités musulmanes veulent permettre aux élèves de faire chez eux des études islamistes universitaires.

Si la communauté musulmane revendique des changements, elle n'adhère pas pour autant aux principes ou aux méthodes des militants séparatistes. « Les problèmes actuels ne motivent pas une sécession, mais bien des politiques spéciales pour cette communauté », résume Wowavit Baru, vice-recteur de l'Université Prince of Songkla, à Pattani.

Recrudescence de la violence et répression exacerbée

Depuis le 4 janvier 2004, une vague de violence a frappé les trois provinces musulmanes. Des soldats, des policiers, des juges, des commerçants, des professeurs, des moines bouddhistes ou des politiciens sont la cible d'attentats quotidiens. Des banques, des écoles, des restaurants et des boîtes téléphoniques ont aussi été incendiés et ont fait l'objet d'attaques à la bombe.

L'incident de Tak Bai, dans la province de Narathiwat, a fait monter davantage la tension. Le 25 octobre, la police ouvrait le feu sur une foule de jeunes manifestants qui réclamait la libération de six détenus, tuant sept personnes. Quelque 1300 musulmans étaient arrêtés et transportés par camion, empilés les uns sur les autres: 78 sont morts étouffés ou écrasés durant le trajet.

Des épisodes violents avaient aussi eu lieu durant les années 70 et 80. Mais cette fois, la virulence de la répression étatique a envenimé le conflit. « La violence actuelle est une résultante de la politique gouvernementale de Thaksin », croit Pirayot Rahimula, ex-professeur de sciences politique et candidat pour le Parti démocrate. Selon lui, les musulmans prennent maintenant leur revanche. S'il estime qu'aucun lien n'existe entre les musulmans thaïlandais et Al-Qaeda, il pense que leurs souffrances pourraient attirer l'aide de leurs « frères » ailleurs dans le monde.

« Il n'y a plus d'État de droit dans le Sud, selon les normes internationales des droits de l'homme, soutient Vitit Montarborn, professeur de droit à l'Université Chulalongkorn. Le gouvernement doit se rendre accessible et négocier avec les leaders de la région pour empêcher la violence et résoudre les problèmes. »

Dernièrement, plusieurs chefs religieux et professeurs d'écoles islamiques de la région ont été arrêtés au cours d'opérations de nettoyage. Ils ont été accusés de haute trahison, de soutien à une organisation séparatiste, d'instigation à la rébellion et de possession illégale d'armes à feu. En tout, quelque 90 suspects pourraient être mis sous les verrous. « Je ne les laissera pas vivre en sol thaïlandais », a promis le premier ministre Thaksin.

À la veille des élections générales de demain, les partis d'opposition et les ONG n'hésitent pas à qualifier le gouvernement Thaksin d'autoritaire. Bangkok a déjà fait l'objet de réprimandes de la part de l'ONG internationale Human Rights Watch. La communauté musulmane compte également porter sa cause devant l'ONU et réclamer aux organisations islamistes des sanctions à l'égard de la Thaïlande.

Malgré ces menaces, la cote de popularité de Thaksin et de son parti, le Thai Rak Thai, ne semble pas avoir faibli, sans doute à cause d'une présence disproportionnée dans les médias. Mais les musulmans du sud de la Thaïlande, eux, pourraient voter en masse contre le gouvernement Thaksin pour exprimer leur mécontentement face à sa gestion de la crise.
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