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 La Thaïlande pleure des rizières

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MessageSujet: La Thaïlande pleure des rizières   Lun 25 Avr - 8:05



Climat. Le royaume a dû s'adapter à la sécheresse qui sévit dans la plupart des provinces.
La Thaïlande pleure des rizières

Par Arnaud DUBUS
lundi 25 avril 2005 (Liberation - 06:00)

Nakhon Ratchasima (Thaïlande) envoyé spécial


accroupie dans son champ, qui n'est plus qu'un agrégat de mottes de terre desséchées, Niong Bandit s'est couvert la tête d'une épaisse cagoule de laine pour se protéger du soleil implacable. Cette année, elle a renoncé à planter du riz sur son hectare dans le village de Kout Kha, au sud de la ville de Nakhon Ratchasima dans le Nord-Est thaïlandais : le barrage-réservoir proche de Lam Phra Ploeng est presque à sec et les autorités locales ont interdit d'en utiliser l'eau pour irriguer les champs. «Je ramasse des haricots verts pour en vendre les graines au kilo. Mais ils sont rabougris, complètement desséchés. Je vais en tirer au plus 1 500 bahts [30 euros], dix fois moins que si j'avais planté du riz. Cela fait huit mois qu'il n'a pas plu», dit-elle en collectant les légumes noirs et tordus dans un seau. Pendant des dizaines de kilomètres, on peut voir défiler les rizières à l'abandon, craquelées par le manque de pluie. «Trois ans que nous ne pouvons pas cultiver de riz, nous sommes obligés d'en acheter pour nous nourrir», se lamente Ratchadaporn Malakul, une agriculture du district de Tale Kham So, l'un des plus touchés par la sécheresse.

Les données du Département thaïlandais d'irrigation sont formelles : le niveau de sept des principaux barrages-réservoirs a fortement chuté ces trois dernières années et, depuis 2000, le Nord-Est a connu une réduction importante de la pluviométrie annuelle. «On a de moins en moins de pluie, de moins en moins de ruissellement et de moins en moins de recharge dans les lacs. Et, parallèlement, la consommation d'eau n'a pas chuté», constate Jean-Louis Janeau, un spécialiste de l'étude des sols travaillant pour l'Institut de recherches pour le développement.

Manque à gagner. Le phénomène est général dans le pays : seules 10 provinces sur les 76 du royaume ont connu des précipitations normales. Le gouvernement a anticipé la crise depuis la fin de l'été dernier quand il a constaté que la mousson humide s'était arrêtée deux mois plus tôt que prévu. «Nous avons fait des réunions dans tous les districts avec les villageois pour leur expliquer la situation, leur faire comprendre l'importance d'utiliser l'eau avec modération», indique Wichien Kongkaew, directeur du barrage-réservoir de Lam Thakong. Les agriculteurs ont été avertis qu'ils ne pourraient pas irriguer leur champ pour la seconde récolte, qui a lieu habituellement vers la fin de la saison sèche. Le gouvernement estime que le manque à gagner sera de quelque 150 millions d'euros et pourrait coûter jusqu'à 0,5 % de la croissance économique.

Face à la crise, les autorités locales donnent donc priorité à l'usage domestique et industriel de l'eau au détriment de l'usage agricole. «Nous contrôlons que personne ne bloque les canaux d'adduction pour détourner l'eau», admet Wichien Kongkaew. Nombreux sont toutefois les paysans qui continuent à pomper l'eau de canaux d'irrigation presque asséchés, afin, confie l'un d'eux «de ne pas perdre mon investissement».

L'accent est aussi mis sur des opérations de pluies artificielles, un procédé qui consiste à ensemencer des nuages avec des produits chimiques dans des conditions d'humidité propices afin de provoquer une condensation, suivie de pluie. Mais la technique est coûteuse et son efficacité aléatoire. «Tout le problème est de pouvoir faire tomber la pluie qu'on a pu créer au bon endroit», explique Guy Trebuil, un expert des systèmes agraires travaillant pour le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Le ministère de l'Agriculture a aussi évoqué la future possibilité de détourner les eaux du Mékong, qui longe la frontière orientale de la Thaïlande.

La sécheresse est récurrente dans le Nord-Est thaïlandais depuis des décennies. D'abord parce que cette région, qui produit des riz aromatiques très appréciés en Occident, est pénalisée par la qualité de son sol. «Des sols sableux, extrêmement filtrants, qui retiennent très peu l'eau. Il y est très difficile de conserver le surplus d'eau de la saison des pluies pour l'utiliser en saison sèche», dit Guy Trebuil. La déforestation accélérée de ces trente dernières années n'a rien arrangé : en 1970, la forêt tropicale couvrait 60 % de la région, elle n'en occupe plus que 10 % : «Une détérioration très sérieuse de notre écosystème», selon Nipon Tangtham, un spécialiste de la gestion des bassins versants (1).

D'autres relativisent, soulignant que les autorités ont commencé à renverser la tendance. «Il y a une prise de conscience. La déforestation reste limitée par rapport aux pays voisins. Il y a un programme de reboisement en eucalyptus et en hévéas et de gros efforts de conscientisation de la population», note Jean-Louis Janeau. L'engouement pour les grands barrages-réservoirs est un peu passé et les autorités se tournent désormais vers la préservation des zones forestières. «De plus en plus d'agences gouvernementales se préoccupent, sous les consignes de la famille royale, des hauts de bassins versants, c'est-à-dire de l'endroit où les rivières qui alimentent les barrages-réservoirs trouvent leur source. Nous avons des exemples multiples d'investissements de protection de ces hauts de bassins versants, notamment de régénération du couvert forestier», indique Guy Trebuil.

Faculté d'adaptation. De leur côté, les agriculteurs font preuve d'une étonnante faculté d'adaptation à ces conditions adverses. Beaucoup ont abandonné le riz pour se tourner vers des légumineuses à cycle court, par exemple le soja, qui nécessitent beaucoup moins d'eau qu'un second cycle de riz. D'autres ouvrent des petites échoppes ou partent à Bangkok travailler pendant les longs mois de la saison sèche. Cette capacité à répondre aux défis climatiques sera de plus en plus nécessaire si l'on en croit les experts locaux de l'effet de serre : selon eux, dans cinquante ans, la température dans le Nord-Est thaïlandais se sera élevée de 3,5 ° alors même que les précipitations n'auront pas augmenté.

(1) Zone hydrographique de drainage.
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