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 les ouvrières du textile retissent l'ordre social

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Thaïlande - Cambodge
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MessageSujet: les ouvrières du textile retissent l'ordre social   Ven 16 Juin - 13:45



Cambodge : les ouvrières du textile retissent l'ordre social


16/06/2006 ( Cambodge )
Chheang Bopha

(Syfia Cambodge) La pauvreté à la campagne a poussé les jeunes Cambodgiennes dans les usines textiles des villes. Devenues seul soutien de leur famille, elles s’émancipent et bousculent la tradition sous le regard envieux des garçons qui, eux, ne trouvent pas de travail.


En tee-shirt et jean moulant, Sopheap se distingue de la plupart des autres jeunes filles de son village, enveloppées, elles, dans un sarong (sorte de pagne, Ndlr). Elle est rentrée pour le week-end dans sa bourgade natale, Pteah Kandal Leu, province de Kampong Cham, au nord-est de Phnom Penh. Avec force déhanchements, elle fait la démonstration devant ses cadets d'une danse nouvelle apprise "à la ville". Un voisin, déjà grisé par l'alcool qu'il partage avec d'autres hommes, invite soudainement la jeune femme à partager leurs bières. Sopheap accepte sans hésiter, sous le regard gêné de sa mère.
L'embarras de cette dernière est double, car sa fille n'en est pas à son premier verre et se montre très à l'aise avec le sexe opposé. Mais la maman gardera sa réprobation pour elle, Sopheap et deux autres de ses filles entretenant toute la famille grâce à leurs salaires... "Si ma mère m'accable moins de reproches aujourd'hui, c'est qu'elle estime que je suis assez grande et responsable", avance Sopheap, qui en est encore à explorer cette liberté fraîchement conquise et qu'elle affiche, non sans naïveté, en portant ostensiblement les bijoux qu'elle peut maintenant s'offrir.
Sopheap fait partie des quelque 250 000 jeunes cambodgiennes employées dans le textile – 80 % de l’activité industrielle du Cambodge. Selon un récent sondage effectué par la Banque asiatique de développement (Bad), 90 % des ouvrières sont originaires de provinces rurales où les revenus de l'agriculture ne suffisent plus à faire vivre les familles. Les économies qu'elles envoient chaque mois au village sont donc providentielles.




L'exode des filles

Cette nouvelle donne économique chamboule l'ordre social et les traditions. Miech, le chef du village d’où vient Sopheap, se dit inquiet du départ en masse des filles. Il évalue à 80 % la proportion d'entre elles à avoir plié bagage. "Dès qu'elles ont l'âge de travailler, elles font la demande d'une carte d'identité auprès de la commune et s’en vont, résume-t-il. Et quand elles viennent rendre visite à leurs parents, ce ne sont plus les mêmes. Elles sont délurées et fortement influencées par le mode de vie citadin. Elles font construire pour leurs familles de grandes maisons et, surtout, elles sont libres d'exercer leur libre arbitre, et même de décider avec qui elles convoleront en noces !"
"En devenant autonomes financièrement, elles mènent leur barque comme elles le veulent et n'ont souvent pas à regretter les décisions qu'elles prennent", assure Miech, qui ne semble rien avoir à redire à ce nouvel ordre des choses. Finalement, conclut le chef de village, les filles de 18 à 25 ans sont aujourd'hui plus valorisées que les garçons du même âge.
Socheat, elle, est partie voilà cinq ans travailler à l'usine. Depuis, elle n'occupe plus la même place dans sa famille. "Avant, j'étais comme asphyxiée par une longue liste de règles que m'imposaient mes parents. Comme aujourd'hui c'est moi qui nourris mes proches, j'ai non seulement le droit à la parole, mais en plus on m'écoute", lance-t-elle, fière de cette petite révolution. Désormais plus autonomes, ces jeunes ouvrières ne trouvent pas incongru de choisir elles-mêmes celui qui partagera leur vie.
Chan, un père de 58 ans, ne cache son désarroi : "Je n'en reviens pas. Ma fille travaillait auparavant à mes côtés dans la rizière et la voilà qui gagne sa vie. Qui plus est, c'est elle qui nous nourrit". Il a réalisé à quel point sa fille avait changé le jour où elle lui a présenté son copain, rencontré à la ville. "Elle ne nous a pas demandé ce que nous pensions de lui et nous n'avons pas osé la critiquer. Malgré tout, en tant que parent, je suis un peu déçu de ne pas avoir pu m'en mêler mais... c'est elle qui rapporte l'argent", se résigne Chan.




Les garçons oubliés

De leur côté, les garçons du village sont amers et envient la réussite des filles. Les usines boudent leur candidature et, sans qualification, ils se retrouvent au chômage. C'est le cas de Vibol, 23 ans, qui a dû abandonner très tôt ses études que sa famille ne pouvait plus financer. "Je veux un travail comme elles. Mais je ne sais pas comment faire. Les usines n'ont besoin que de filles. Et celles du village qui se sont fait embaucher ont changé d'attitude et se désintéressent complètement des garçons d'ici" se lamente le jeune homme.
Pour Khis Thida, directrice exécutive de Silaka, une ONG féminine, l'entrée dans la vie active des femmes marque un véritable tournant dans les mentalités. "Elles sont financièrement indépendantes, ont une plus grande ouverture d'esprit qu'avant et, sûres de leurs droits, n'hésitent pas à se plaindre si ceux-ci sont d'une manière ou d'une autre bafoués", explique-t-elle.
Toutefois, les jeunes filles, en allant travailler en ville, s'exposent à plus de dangers. "Elles restent peu éduquées sur la sexualité. Étourdies par une liberté qu'elles expérimentent, elles peuvent se faire avoir par des hommes mal intentionnés." C'est pourquoi la directrice demande que les femmes soient mieux formées pour profiter pleinement de leur indépendance en sachant esquiver les pièges.
Elle appelle par ailleurs à la création d'emplois réservés aux hommes afin d'alléger les responsabilités des femmes. Afin aussi qu'ils n'aient pas le sentiment, comme les garçons de Pteah Kandal Leu, d'être les nouveaux laissés-pour-compte.
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MessageSujet: Re: les ouvrières du textile retissent l'ordre social   Ven 30 Juin - 8:11




Cambodge
Le textile et l’ordre social

La pauvreté à la campagne a poussé les jeunes Cambodgiennes dans les usines textiles des villes. Devenues seul soutien de leur famille, elles s’émancipent et bousculent la tradition sous le regard envieux des garçons qui, eux, ne trouvent pas de travail.

En tee-shirt et jean moulant, Sopheap se distingue de la plupart des autres jeunes filles de son village, enveloppées, elles, dans un sarong (sorte de pagne, Ndlr). Elle est rentrée pour le week-end dans sa bourgade natale, Pteah Kandal Leu, province de Kampong Cham, au nord-est de Phnom Penh. Avec force déhanchements, elle fait la démonstration devant ses cadets d'une danse nouvelle apprise "à la ville". Un voisin, déjà grisé par l'alcool qu'il partage avec d'autres hommes, invite soudainement la jeune femme à partager leurs bières. Sopheap accepte sans hésiter, sous le regard gêné de sa mère.
L'embarras de cette dernière est double, car sa fille n'en est pas à son premier verre et se montre très à l'aise avec le sexe opposé. Mais la maman gardera sa réprobation pour elle, Sopheap et deux autres de ses filles entretenant toute la famille grâce à leurs salaires... "Si ma mère m'accable moins de reproches aujourd'hui, c'est qu'elle estime que je suis assez grande et responsable", avance Sopheap, qui en est encore à explorer cette liberté fraîchement conquise et qu'elle affiche, non sans naïveté, en portant ostensiblement les bijoux qu'elle peut maintenant s'offrir.
Sopheap fait partie des quelque 250 000 jeunes cambodgiennes employées dans le textile – 80 % de l’activité industrielle du Cambodge. Selon un récent sondage effectué par la Banque asiatique de développement (Bad), 90 % des ouvrières sont originaires de provinces rurales où les revenus de l'agriculture ne suffisent plus à faire vivre les familles. Les économies qu'elles envoient chaque mois au village sont donc providentielles.

L’exode des filles
Cette nouvelle donne économique chamboule l'ordre social et les traditions. Miech, le chef du village d’où vient Sopheap, se dit inquiet du départ en masse des filles. Il évalue à 80 % la proportion d'entre elles à avoir plié bagage. "Dès qu'elles ont l'âge de travailler, elles font la demande d'une carte d'identité auprès de la commune et s’en vont, résume-t-il. Et quand elles viennent rendre visite à leurs parents, ce ne sont plus les mêmes. Elles sont délurées et fortement influencées par le mode de vie citadin. Elles font construire pour leurs familles de grandes maisons et, surtout, elles sont libres d'exercer leur libre arbitre, et même de décider avec qui elles convoleront en noces !"
"En devenant autonomes financièrement, elles mènent leur barque comme elles le veulent et n'ont souvent pas à regretter les décisions qu'elles prennent", assure Miech, qui ne semble rien avoir à redire à ce nouvel ordre des choses. Finalement, conclut le chef de village, les filles de 18 à 25 ans sont aujourd'hui plus valorisées que les garçons du même âge.
Socheat, elle, est partie voilà cinq ans travailler à l'usine. Depuis, elle n'occupe plus la même place dans sa famille. "Avant, j'étais comme asphyxiée par une longue liste de règles que m'imposaient mes parents. Comme aujourd'hui c'est moi qui nourris mes proches, j'ai non seulement le droit à la parole, mais en plus on m'écoute", lance-t-elle, fière de cette petite révolution. Désormais plus autonomes, ces jeunes ouvrières ne trouvent pas incongru de choisir elles-mêmes celui qui partagera leur vie.

Chan, un père de 58 ans, ne cache son désarroi : "Je n'en reviens pas. Ma fille travaillait auparavant à mes côtés dans la rizière et la voilà qui gagne sa vie. Qui plus est, c'est elle qui nous nourrit". Il a réalisé à quel point sa fille avait changé le jour où elle lui a présenté son copain, rencontré à la ville. "Elle ne nous a pas demandé ce que nous pensions de lui et nous n'avons pas osé la critiquer. Malgré tout, en tant que parent, je suis un peu déçu de ne pas avoir pu m'en mêler mais... c'est elle qui rapporte l'argent", se résigne Chan.

Les garçons oubliés
De leur côté, les garçons du village sont amers et envient la réussite des filles. Les usines boudent leur candidature et, sans qualification, ils se retrouvent au chômage. C'est le cas de Vibol, 23 ans, qui a dû abandonner très tôt ses études que sa famille ne pouvait plus financer. "Je veux un travail comme elles. Mais je ne sais pas comment faire. Les usines n'ont besoin que de filles. Et celles du village qui se sont fait embaucher ont changé d'attitude et se désintéressent complètement des garçons d'ici" se lamente le jeune homme.
Pour Khis Thida, directrice exécutive de Silaka, une Ong féminine, l'entrée dans la vie active des femmes marque un véritable tournant dans les mentalités. "Elles sont financièrement indépendantes, ont une plus grande ouverture d'esprit qu'avant et, sûres de leurs droits, n'hésitent pas à se plaindre si ceux-ci sont d'une manière ou d'une autre bafoués", explique-t-elle.
Toutefois, les jeunes filles, en allant travailler en ville, s'exposent à plus de dangers. "Elles restent peu éduquées sur la sexualité. Étourdies par une liberté qu'elles expérimentent, elles peuvent se faire avoir par des hommes mal intentionnés." C'est pourquoi la directrice demande que les femmes soient mieux formées pour profiter pleinement de leur indépendance en sachant esquiver les pièges.
Elle appelle par ailleurs à la création d'emplois réservés aux hommes afin d'alléger les responsabilités des femmes. Afin aussi qu'ils n'aient pas le sentiment, comme les garçons de Pteah Kandal Leu, d'être les nouveaux laissés-pour-compte.

Par Chheang Bopha (Syfia)
Le 30-06-2006
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