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 Les jeunes Franco-khmers veulent briser le silence ...

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Thaïlande - Cambodge
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Nombre de messages : 5571
Date d'inscription : 08/08/2004

MessageSujet: Les jeunes Franco-khmers veulent briser le silence ...   Mer 30 Aoû - 12:11





Les jeunes Franco-khmers veulent briser le silence de leurs parents

Nous avons hérité du génocide le goût des larmes et le traumatisme de nos parents. Une nouvelle génération de Franco-khmers élevée dans le silence des anciens. Un silence cathartique. Parce que parler fait trop mal. Parce que parler était passible d'exécution pendant le régime khmer rouge. J'ai 23 ans, je suis d'origine cambodgienne, et je n'ai jamais pu discuter de la guerre avec ma mère. Elle a survécu aux camps sous Pol Pot et garde pour elle les souffrances de cette époque.


Vingt-six ans après la fin du génocide, les réfugiés cambodgiens refusent toujours de raconter leur histoire à leurs propres enfants. Mon arrière grand-mère, Sreï Tout, a 104 ans et vit à Trappes (Yvelines, France). Lorsqu'elle évoque le régime de Pol Pot, elle se met à chuchoter. Elle craint toujours que les Khmers rouges viennent la chercher. Mêmes silences pour Lily, une jeune Franco-khmère dont la famille a été décimée sous Pol Pot. «Ma maman fondait en larmes à chaque fois que j'essayais de lui parler du conflit», explique-t-elle. La génération de nos parents a été profondément traumatisée.
Au Cambodge, les survivants des camps sont suivis par des experts psychiatriques et soumis à des traitements thérapeutiques. Certains hôpitaux et associations de Phnom Penh proposent des cessions de relaxation et des cellules de paroles, pour expier les mauvais souvenirs. En France, les Khmers ne sont pas suivis et se protégent en occultant complètement les années Khmers rouges. Nos parents n'ont plus la force de se battre pour demander que justice soit faite. Ils ont peur, comme mon arrière grand-mère. Et, surtout, ils ne veulent plus repenser à cette période de leur histoire qui les a tant fait souffrir.

Si devant ce silence, beaucoup de jeunes Khmers ont préféré se détourner du problème et vivre leurs vies à la française, d'autres sont partis chercher au Cambodge les réponses que leurs parents leur refusaient.

A 20 ans, j'ai voulu voir de mes propres yeux le pays de mes origines. Les premiers pas sont les plus durs. J'ai rencontré à Phnom Penh beaucoup de Franco-khmers qui comme moi étaient déstabilisés par ce retour aux sources.

Sabrina a découvert le Cambodge en 2005. Elle avait 23 ans. Un an, passé à Phnom Penh dans l'humanitaire, a suffit pour que le regard de cette jeune institutrice change pour toujours. Un choc lorsqu'elle aperçoit des chiffonniers de quatre ou cinq ans errant seuls à la merci de la nuit. Un choc lorsque le mot "guerre" prend une forme bien réelle au musée du génocide de Tuol Sleng.

Pour Lily, la confrontation avec le pays sera plus brutale encore. La jeune fille qui, pendant dix ans, avait refusé ses origines, se découvre au Cambodge à mesure qu'elle découvre le pays. Elle fond en larmes devant la maison que sa famille occupait avant la guerre.

Comment accepter qu'aucune justice n'ait été faite, vingt-sept ans après la fin de la guerre? Sabrina ne comprend pas les accords de Paris de 1991, décrétant la concorde civile. Aucune distinction n'a été faite entre les victimes et leurs bourreaux, qui parfois sont voisins dans leur village.



«Cet accord est très douloureux pour les victimes. Il est trop tôt pour pardonner, il faut d'abord que les crimes aient au moins été reconnus», explique la jeune institutrice. Elle attend le procès des Khmers Rouges pour trois raisons: rendre justice aux victimes, obtenir la reconnaissance internationale, nommer les responsables du génocide. Elle pense que les victimes souffriront toujours autant mais que cet effort est nécessaire pour la stabilité du pays.
Lily souhaite voir s'établir le procès au nom de ses proches disparus. «Je pense que ma mère voudrait simplement que les assassins de la famille soient punis. C'est ce que demande les Khmers.» Cette envie de justice est commune à la majorité des jeunes Franco-khmers. Ils espèrent cependant que ce procès ne sera pas une mascarade. Des anciens cadres khmers rouges, tel Hun Sen, l'actuel Premier ministre, ou des gouverneurs des provinces de l'Est et de l'Ouest du Cambodge sont toujours membres du gouvernement.

Le procès, qui a débuté le 3 juillet dernier, devrait durer trois ans, selon les Nations Unies, et sera composé d’un jury international où figureront des juges cambodgiens. «Ce système de procès bicéphale devrait limiter les risques de dérives. Il faut cependant rester vigilant», estime Sabrina.

Nous sommes seuls dans nos réflexions, nos parents ne souhaitant plus se battre pour obtenir des réparations. Ils ont reconstruit leur vie dans un pays qu'ils ne connaissaient pas. D'anciens médecins, intellectuels cambodgiens, ayant tout perdu pendant la guerre, ont accepté de devenir ouvrier en France pour pouvoir offrir une éducation à leurs enfants. C'est à nous aujourd'hui de leur rendre hommage et de demander une justice en leur nom. Au Cambodge, de jeunes étudiants militent dans les rues, malgré les risques de répression, pour demander la tenue du procès des Khmers rouges. Nous n'avons pas le droit de ne rien tenter. Tant de Cambodgiens sont morts. Tant de Cambodgiens souffrent encore. Peut-être alors, nos parents prendront le temps de s'asseoir à nos côtés, et, parleront de ce 17 avril 1975, jour funeste où une génération de Cambodgiens perdit le sourire.

Guillaume Suon Petit
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