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 Les enfants, premières victimes

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MessageSujet: Les enfants, premières victimes   Lun 10 Jan - 11:16


Un enfant regardant la liste des disparus dans le camp de réfugiés de Matal, à Banda Aceh (Indonésie), le 4 janvier.
L'Express du 10/01/2005
Les enfants, premières victimes

par Marie Huret, Boris Thiolay, Jean-Sébastien Stehli

Le raz de marée a laissé derrière lui des milliers d'orphelins, souvent livrés à eux-mêmes, dans une région du monde où sévissent des réseaux de trafiquants en tout genre

A peine le temps de descendre de l'avion et Raja se retrouve englué dans les bras d'un couple. Une femme le serre fort, trop fort. «Je suis ta mère!» dit-elle, au milieu d'un flot de passagers épuisés qui débarquent à l'aéroport de Medan, capitale du nord de Sumatra, en Indonésie. Raja est la proie idéale, il arrive seul et n'a que 5 ans. Ses vrais parents ont été tués par le raz de marée qui a dévasté leur village de la province d'Aceh. Raja a pris l'avion avec les autres rescapés. Ce 31 décembre, le garçon est sur le point d'être enlevé par le couple quand la coordinatrice d'une ONG assiste par hasard à la scène. Elle a du flair: Raja ne ressemble pas à ses parents supposés. Un policier les convoque pour un interrogatoire. Le garçon l'a échappé belle. Il est immédiatement pris en charge à l'hôpital de Medan.

C'est un cri d'alarme qu'ont lancé les associations humanitaires, et l'Unicef en particulier: la catastrophe en Asie et sa cohorte d'orphelins isolés, livrés à eux-mêmes, risque de générer des trafics d'enfants en tout genre, afin d'alimenter les réseaux locaux de prostitution et de travail forcé, mais aussi pour satisfaire les demandes d'adoption au prix fort. «Dans les premiers jours qui ont suivi le tsunami, des enfants ont déjà pu être kidnappés, affirme à L'Express Shantha Bloemen, porte-parole de l'Unicef au bureau de Bangkok. Nous travaillons avec le gouvernement indonésien pour protéger les petits contre les prédateurs. Des contrôles ont été établis dans les ports et les aéroports.» Le 6 janvier, le ministre français de la Santé, Philippe Douste-Blazy, a exigé une «prise de position très ferme» de l'Europe afin qu'elle lutte à ses frontières contre d'éventuels trafics d'enfants et il a annoncé la création du collectif Asie-Enfants isolés, regroupant plusieurs associations humanitaires chargées d'installer des centres de protection sur place.

Il suffit de sillonner à des kilomètres à la ronde les routes dévastées, les villages soufflés, les rivières jonchées de bateaux éventrés pour apercevoir des gamins dispersés dans la nature. Les membres des réseaux criminels savent où sévir, où se servir. A Banda Aceh, sur l'île de Sumatra, la province la plus touchée d'Indonésie, où il ne reste plus rien sauf des sacs noirs plastifiés en guise de sépultures, des trafiquants appartenant à des organisations indonésiennes ont infiltré plusieurs camps de réfugiés, se présentant comme un parent ou un proche. Près de 35 000 enfants de la région sont orphelins ou perdus, selon les autorités. «Un serpent géant nous est tombé dessus!» répètent les jeunes de Banda Aceh. «Ma mère est morte, mon père est mort, mes sœurs sont mortes...», énumèrent-ils, hagards et encore tétanisés par la hauteur de la vague qui a submergé leur région.

«Un traumatisme est un événement qui ne peut pas s'intégrer à la vie psychique d'un enfant»

Ici, c'est l'état d'extrême urgence. La priorité, c'est l'eau, la nourriture, les soins pour la quinzaine de camps de réfugiés établis autour de ce qui fut une ville, où près de 100 000 personnes se sont regroupées. Les opérations spécifiques en faveur des enfants débutent à peine. «Nous avons croisé, le 4 janvier, des groupes de gamins en haillons errant dans des décombres marécageux à la recherche de vêtements», affirme Tarik Laangry, responsable à Banda Aceh de la mission du Secours islamique, une ONG musulmane qui va mener durant six mois un programme d'aide aux victimes. Le porte-parole de l'Unicef pour l'Indonésie, John Budd, a, lui, fait état du cas avéré d'un enfant enlevé à Aceh, puis emmené à Medan, afin d'y être vendu. De son côté, le gouvernement a posté des policiers dans les camps et imposé des restrictions de sorties de territoire concernant les mineurs.

Un tiers des morts sont des enfants. Et, selon l'Unicef, près de 1,5 million de jeunes survivants au total auraient été déplacés à la suite du tsunami. «L'expérience montre que les risques de trafic d'enfants augmentent en situation de crise, lorsqu'il y a des mouvements de population, explique Marc Vergara, porte-parole de l'Unicef à Genève. Ici, toutes les barrières ont sauté, il n'y a plus d'école, de maison ni de famille, plus rien qui les protège.» Circonstance aggravante, le séisme a frappé la partie du monde déjà la plus menacée par les réseaux d'exploitation des enfants. La démographie galopante, la pauvreté et la facilité à franchir les frontières ont fait de l'Asie un terrain propice au tourisme sexuel.

Alors évidemment, le spectre de trafics liés au tsunami alimente les fantasmes et les rumeurs, relayés, enflés via les SMS. «300 enfants, de 3 à 10 ans, à vendre», tel est le Texto reçu par le responsable de l'Unicef en Malaisie. Une plaisanterie douteuse, a vérifié la police locale. Un bateau transportant une centaine de gamins aurait été repéré sur les côtes de Sumatra. Des bébés se négocieraient à 3 500 dollars au marché noir. La disparition d'un garçon suédois de 12 ans d'un hôpital de la province de Phang Nga, en Thaïlande, a été attribuée par la famille à un réseau pédophile et relayée par la branche suédoise de l'ONG Save the children. Mais, le 6 janvier, le Premier ministre thaïlandais a estimé que l'enfant n'avait peut-être pas été enlevé par des pédophiles, son passage ne figurant sur aucun registre de l'hôpital.

Préférer le parrainage à une adoption précipitée
E n Inde, dans l'Etat du Tamil Nadu, ce sont les familles de pêcheurs qui ont été les premières victimes du séisme. La mer a volé les pères, partis pêcher, et les a gardés. Près de 6 000 gamins ont été accueillis par SOS Villages d'enfants, l'une des rares ONG tolérées par le gouvernement, qui refuse tout soutien de l'étranger et promet d'offrir une prime de 1 800 euros afin d'aider chaque orphelin. Ses premiers centres d'accueil ont été installés dans les temples, les écoles et les bâtiments publics dans trois communes du sud: Nagappatinam, Velankanni et Kanyakumari. «D'un point de vue psychologique, la priorité est de faire parler les enfants de ce qu'ils ont vécu, raconte Viktor Painadath, responsable de SOS Villages d'enfants en Inde. On leur donne des activités - conte, dessin, peinture - pour leur permettre de surmonter le traumatisme.»

Il y a les enfants qui se réveillent en hurlant la nuit, ceux qui se mettent à être incontinents comme des bébés, ou les prostrés, les dépressifs. Des symptômes déjà observés en Afrique par le Dr Gérard Robin, pédopsychiatre bénévole de l'ONG française Douleurs sans frontières, qui vient de partir à Sri Lanka. Il a soigné les enfants du Mozambique frappés par les inondations cataclysmiques en 2000. «Un traumatisme est un événement qui ne peut pas s'intégrer à la vie psychique d'un enfant, dit-il. Il revient sous une forme quasi hallucinatoire. C'est bien qu'il puisse l'exprimer par le jeu ou des dessins.»

Dans les pays riches, plusieurs appels ont été lancés sous le feu de l'émotion, en particulier par sœur Emmanuelle et le maire de Rome, afin que l'adoption de ces orphelins soit facilitée pour les couples occidentaux. Mais en France, la plupart des organismes autorisés pour l'adoption (OAA) et le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Renaud Muselier, ont jugé cette solution prématurée, lui préférant la formule du parrainage. «Il faut prendre le temps de s'assurer que les enfants sont réellement isolés, poursuit Gérard Robin. Dans la région des Grands Lacs, certains réfugiés au Zaïre sont réapparus deux ans après au Rwanda. Leurs petits avaient été adoptés à l'étranger.»

Pour le moment, la priorité des ONG et des autorités est de réunir les familles, de trouver des grands-pères, des oncles, des tantes qui pourront s'occuper des plus jeunes. Le premier Children Center, permettant de soigner, d'écouter et d'identifier les enfants, a été ouvert à Banda Aceh. D'ici à la fin de ce mois, une vingtaine de ces centres devraient être créés dans le reste de l'Indonésie. Les équipes de médecins et de bénévoles enquêtent auprès des voisins sur l'identité des enfants, les photographient et s'escriment à leur offrir un semblant de quotidien: de l'eau, un toit, une école. A Sri Lanka, la rentrée scolaire est annoncée pour le 10 janvier. Mais il faudra du temps aux rescapés pour digérer leur douleur. «Lorsque la vague est arrivée, certains parents ont dû choisir lequel de leurs enfants sauver en priorité, raconte Tarik Laangry, du Secours islamique. On croise ici des gamins ayant malgré tout survécu, qui savent que leurs parents les ont délaissés au profit d'un de leurs frères et sœurs. Comment ces parents et ces enfants pourront-ils retrouver une vie normale avec ce souvenir en tête?»
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