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 L'apocalypse, et après...

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Thaïlande - Cambodge
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Date d'inscription : 08/08/2004

MessageSujet: L'apocalypse, et après...   Mer 12 Jan - 15:51


L'apocalypse, et après...
ASIE - 9 janvier 2005- par JACQUES BERTOIN


Plus que l'effroyable bilan des victimes, c'est la présence en Thaïlande, aux Maldives, au Sri Lanka et ailleurs de très nombreux Occidentaux qui a contribué à l'hypermédiatisation du raz-de-marée asiatique.

Il y a maintenant plus de deux semaines qu'en Asie du Sud-Est la mer est devenue folle, le dimanche 26 décembre 2004 au nord de Sumatra. Une énorme vague, glissant à 800 kilomètres/heure au fond des flots ou dressée à plus de 20 mètres (la hauteur d'un immeuble de cinq étages) en se rapprochant des côtes a ravagé sur son passage l'Inde, la Thaïlande, la Birmanie, la Malaisie et le Sri Lanka, engloutissant îlots et archipels de l'océan Indien jusqu'à frôler Maurice et la Réunion de ses lames mortelles et à bousculer sévèrement la Somalie, la Tanzanie et le Kenya, à des milliers de kilomètres de la faille gigantesque qui l'avait enfantée.

Un enfer liquide qui déborde nos capacités de perception, d'une ampleur telle qu'il faut le survoler à l'aide de cartes, de schémas et de tableaux chiffrés pour en appréhender la démesure. Des disparus par centaines de milliers. Cinq millions de personnes « déplacées » (selon l'OMS), dont les villages ont été engloutis, les maisons balayées. Des rescapés hébétés, livrant autant de récits dans lesquels leur vie n'a tenu, ici, qu'au don de soi d'un inconnu, là à la fuite inexplicable d'un banc de poissons, voire au secours d'un serpent géant surgi de la nuit des temps. Un torrent d'images qui, toutes, disent l'horreur du cataclysme sans qu'aucune ne la résume. Une douleur répandue aux quatre coins de la planète, encore plus insupportable peut-être du fait qu'une victime sur trois, parmi les 150 000 qu'on a recensées à ce jour, a moins de 18 ans, et qu'un seul corps d'enfant serré contre son corps par un père impuissant, un seul visage de fillette figé par la mort, un seul sanglot exprime déjà une souffrance indicible. Des sons qui hanteront à jamais ceux qui ont entendu le grondement de l'eau, les cris de leurs proches emportés sous leurs yeux ou, dans les allées de cadavres putréfiés, le « plop » des viscères éclatant. Enfin, cette épouvantable odeur qui imprègne survivants et sauveteurs dans les lieux de désolation.

Cela, toutes les télévisions du monde, toutes les radios, tous les journaux, qui l'ont ressassé jusqu'à l'écoeurement à longueur d'émissions et de colonnes, échoueront sans doute à le faire réellement partager aux hommes et aux femmes que les hasards du destin auront tenus à l'écart de cette tragédie.

En revanche, le tsunami médiatique qui a doublé l'onde de choc du sinistre a, semble-t-il, dessiné assez exactement les contours de cette catastrophe dans ce qu'elle présente, à ce jour, d'inédit. La secousse tellurique entre la plaque eurasiatique et la plaque océanique indo-australienne, engendrant au large de Sumatra d'énormes remous causés par les mouvements du plancher de la mer, est due à une collision qui se préparait, centimètre par centimètre, depuis des millions d'années. Une parmi tant d'autres, au fil des siècles et des millénaires. Mais le choc s'est produit dans un monde nouveau, ce monde « global » de 2005 qui a fait résonner d'un écho singulier les craquements de notre vieille Terre.

Par ceci, tout d'abord, que le deuil provoqué par ce raz-de-marée est un deuil planétaire. Même si un tel phénomène est, en quelque sorte, sans frontière par nature, et si celui-ci échappe d'autant moins à la règle que sa violence a frappé huit pays asiatiques et cinq pays africains, son impact aurait pu rester limité aux franges des deux continents blessés. Ou bien ne concerner, dans l'hémisphère Nord, que les hommes ayant pour habitude - ou pour mission - de se préoccuper des souffrances de ceux qui n'ont ni la même langue, ni la même couleur de peau, ni les mêmes convictions qu'eux.

Cela s'est déjà vu, il n'y a pas si longtemps, avec d'autres catastrophes naturelles - comme la sécheresse - qui ont balayé des régions entières du continent africain en causant un nombre encore plus effrayant de victimes. Il ne me souvient pas que toutes les chaînes de télévision du monde occidental aient, dans les années 1980, à ce point bouleversé leurs programmes pour dénoncer l'interminable famine au Soudan, en Érythrée et en Éthiopie, ou qu'on ait fait - comme le 5 janvier dernier - trois minutes de silence dans toutes les nations européennes en hommage aux victimes du séisme chinois de 1976 (on avait alors évoqué le chiffre de 350 000 morts), ni que beaucoup de firmes - Coca-Cola, General Electric, General Motors, ExxonMobil aux États-Unis, Veolia, Aventis, Suez, Axa pour la France, pardon si j'en oublie, sans compter les laboratoires pharmaceutiques les plus âpres au gain, d'ordinaire, en matière de lutte contre le paludisme... - se soient déjà mobilisées où que ce soit avec un tel ensemble dans un élan désintéressé. La soudaineté, la brutalité de ce séisme, le nombre des morts et le fait que ce drame s'est produit au lendemain de Noël ne suffisent certes pas à expliquer le niveau de l'émotion qu'il a suscitée dans les populations du monde entier.

C'est, à l'évidence, la présence dans les « résidences au bord de l'eau » de Thaïlande, du Sri Lanka et des Maldives de ressortissants de plus de trente pays européens et américains - on les a rassemblés, sans autre forme de procès, sous la dénomination exclusive de « touristes » - qui a contribué pour une large part à la diffusion mondiale du traumatisme. Ce sont eux, en donnant à la catastrophe les traits de leur visage et le son de leur voix, qui ont fait de « tsunami » - mot japonais signifiant la « vague de port » - un terme d'esperanto que l'on comprend désormais à Paris aussi bien qu'à Stockholm ou à New York. C'est à cause d'eux et des leurs que des centaines de millions de « terriens » qui peinaient jusque-là à différencier la Malaisie de l'Indonésie se sont aujourd'hui familiarisées avec la topographie de la ville de Phuket et la question de l'irrédentisme tamoul. Sans ces vacanciers accrochés à la quille de leur voilier retourné, les flottilles de bateaux de pêche coulés avec leur équipage au large de Madras n'auraient probablement pas été mentionnés. Bref, la « zone » des pays les plus pauvres d'Asie et d'Afrique, où les habitants des autres continents s'étaient fait une raison de confiner le risque vital, s'est trouvée dilatée jusqu'aux confins de la planète, portée non seulement par la vague meurtrière, mais aussi par les « charters » des vacanciers de tout poil. Du coup, le monde entier s'est laissé gagner par la détresse et par la compassion.

Or, si la première ne se calcule pas, la seconde a son prix. Parti d'assez bas, celui-ci n'a cessé de grimper, au fur et à mesure que le bilan de la catastrophe était réévalué à la hausse, que le vacarme médiatique s'amplifiait et que les premiers « revenants » alimentaient, morts ou vifs, dans les aéroports des capitales mondiales, le trouble de leurs proches. Une autoroute s'est ouverte devant les efforts conjugués des ONG, des organisations internationales et de l'ONU, l'instance humanitaire suprême, dont le secrétaire général adjoint, Jan Egeland, fut aussitôt entendu - notamment par George W. Bush, qui a pourtant la sollicitude distraite - quand il a traité, au premier jour du drame, ses partenaires de « pingres » (le sera-t-il encore, demain, quand il affirme qu'« au Congo, il y a un tsunami qui menace tous les quatre mois ? »). Très vite, les hommes politiques ont compris qu'ils ne s'en tireraient pas avec de bonnes paroles prononcées, en bras de chemise, sur des tarmacs exotiques. Il fallait, pour les uns, aligner des promesses de dons et, pour d'autres, les mieux armés, des moyens.

Résultat : pour l'aide publique, un montant hallucinant que la conférence internationale de Jakarta du 6 janvier s'est efforcée de coordonner, tandis que porte-avions et porte-hélicoptères affluent dans des eaux territoriales soudain disposées - à l'exception de l'Inde - à accueillir des puissances étrangères auparavant tenues à distance.

Pour ce qui est des dons privés, une surenchère de générosité, à tel point qu'elle menace, selon son directeur général, d'asphyxier l'organisation humanitaire française Médecins sans frontières, parvenue au bout de sa capacité d'intervention compte tenu notamment des difficultés dans l'acheminement des hommes et du matériel. « Pouce, assez de dons pour cette fois ! » a déclaré MSF, en donnant rendez-vous à ses contributeurs sur d'autres terrains, moins labourés parce que moins « populaires ».

Voilà qui n'est certes pas un constat d'échec, mais plutôt un défi : que ce moment dans l'histoire d'une planète enfin solidaire ne reste pas le fruit isolé des circonstances et qu'il devienne l'occasion de construire une plateforme à même de répondre aux défis humanitaires présents et futurs. Comme ceux-ci ne manquent pas, on ne tardera pas à savoir si la vague du tsunami, en se retirant, laissera derrière elle seulement des décombres, ou l'espoir d'un paysage nouveau.
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