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| Sujet: Re: La loi martiale proclamée dans l'ensemble de la Thaïlande Mer 20 Sep - 18:57 | |
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"Thaksin voulait un Etat-entreprise"
NOUVELOBS.COM | 20.09.06 | 15:39
''Thaksin voulait un Etat-entreprise'' par Bruno Birolli, correspondant en Asie du Nouvel Observateur.
Ce coup d'Etat militaire était-il prévisible ?
- Oui, dès le mois de mars, le Haut commandement de l'armée de terre avait averti qu'il pourrait lancer un coup d'Etat pour rétablir l'ordre dans le pays. Les militaires ont commencé à planifier ce putsch dès ce moment-là. Ils ont attendu que le Premier ministre, Thaksin Shinawatra, parte à New York pour lancer leur offensive. Tout s'est donc passé exactement comme ils l'avaient prévu. Cette crise est liée principalement à la personnalité du Premier ministre. C'est un homme très arrogant, sûr de lui, un nouveau riche. En 1998, il a créé un parti politique très habile, le Thaï Rak Thaï, en achetant plusieurs petits mouvements. Il s'en est ensuite servi pour mettre au pas les institutions monarchiques, notamment la cour suprême, la police… Il faut savoir aussi que la Thaïlande est divisée en deux camps politiques. Le nord, rural, a toujours été fidèle à Thaksin. Ce sont ces voix qui l'ont porté au pouvoir en 2001. En revanche, il n'a jamais réussi à percer dans le sud, où se trouve Bangkok, la capitale, qui rassemble à elle seule 20% de la population. Car le Premier ministre a toujours poursuivi un modèle, celui de Singapour.
Il voulait transformer la Thaïlande en une sorte d'Etat-entreprise dont il serait le patron. Evidemment, ses ambitions étaient en porte-à-faux avec les institutions démocratiques mises en place par le gouvernement précédent, en 1997, et soutenues par le roi. Thaksin a donc toujours été en conflit avec les habitants du sud, urbains et attachés à la démocratie. Fin 2005, le roi a lui aussi manifesté son mécontentement à son égard. Dans un discours officiel, il a évoqué ceux qui "divisent le pays", dans une allusion claire à son Premier ministre. A cette situation déjà tendue est venu s'ajouter, début 2006, un scandale politico-financier. Par le biais de boîtes offshore, le Premier ministre a vendu son groupe Shin Corp à une holding de Singapour. Ce fut la goutte d'eau qui a fait déborder le vase… A l'appel des partis d'opposition, les habitants de Bangkok sont descendus dans la rue pour réclamer sa démission et l'armée a mis en route son plan, jusqu'à son dénouement aujourd'hui.
Après avoir connu plusieurs régimes militaires, quel est le rôle de l'armée aujourd'hui en Thaïlande ?
- Le pays a effectivement connu plusieurs périodes de dictature militaire, nationaliste et proche de l'extrême droite, après la Seconde Guerre mondiale. Mais depuis la promulgation de la nouvelle Constitution démocratique, en 1997, l'armée n'est plus une force autonome. Les militaires ont d'ailleurs annoncé aujourd'hui qu'ils remettront au plus vite le pouvoir au peuple. De toute façon, ils n'auront guère le choix: ils ont réalisé ce putsch avec l'aval du roi, très attaché aux valeurs de démocratie que Thaksin voulait remettre en cause. L'armée s'est donc engagée, en renversant le Premier ministre, à rétablir cette démocratie, et non à s'approprier elle-même le pouvoir. On peut s'attendre à la mise en place d'un gouvernement rassemblant des proches du roi, des membres du Parti démocrate, principal parti d'opposition, et quelques militaires. Quant à Thaksin, des poursuites pénales l'attendent s'il rentre en Thaïlande, aussi peut-on douter de son retour… Personnellement, je pense qu'il finira en exil, comme tant d'autres chefs d'Etat ou de gouvernement qui ont utilisé leur pouvoir pour s'enrichir. Son parti, le Thaï Rak Thaï, devrait rapidement voler en éclats, privé de son principal financeur. Le Parti démocratique aura alors la voie libre pour s'imposer, mais face à quatre ou cinq autres formations politiques. L'armée ne devrait plus jouer qu'un rôle secondaire.
Cette crise s'inscrit-elle aussi dans un contexte régional tendu ?
- Oui, mais à l'échelle de la Thaïlande elle-même. Au cours de ces dernières années, une crise s'est développée dans le sud du pays, à la frontière avec la Malaisie. Cette région est occupée par une minorité malaise, musulmane, qui ne parle pas le thaï et qui s'est toujours sentie marginalisée par rapport au reste de la Thaïlande. De plus, c'est un fief des démocrates, rivaux de Thaksin. A son arrivée au pouvoir en 2001, ce dernier a décidé d'employer la manière forte dans région. Il a aussi remplacé l'armée en place par la police, dont il est lui-même issu. Cette politique a provoqué une véritable guerre civile dans cette région frontalière: des milliers de morts, des exécutions sommaires, des attentats à répétition… Thaksin en fait une zone de guerre alors que ses habitants vivaient en paix avant son intervention. Or, le commandant en chef des armées, Sonthi Boonyaratglin, qui a conduit le putsch, est originaire de cette région, tout comme beaucoup de députés démocrates. Ce coup d'Etat résulte donc en partie de rivalités personnelles et plus largement de cette spécificité régionale, où l'armée s'est sentie évincée et les démocrates envahis. En revanche, les pays voisins n'ont pas eu d'influence directe sur la situation actuelle. Excepté la Malaisie, qui soutient la minorité malaise installée au sud de la Thaïlande. Des "gangs" en ont profité pour mettre en place un trafic d'armes et de drogue le long de la frontière entre les deux pays. Aucune trace par contre de terroristes du type d'Al-Qaïda, contrairement à ce que l'on pourrait croire.
Propos recueillis par Chiara Penzo (le mercredi 20 septembre 2006) |
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